La méditation productive : se concentrer pour être heureux

La méditation devrait être productive à présent ? Encore une méthode pour une efficacité à tout prix ? Exactement ! Mais ce n’est pas dans le sens que vous croyez…

Embrasser l’ennui

Dans son livre Deep Work, Cal Newport consacre une petite partie de son chapitre 2 (« Étreindre l’ennui ») au concept oxymorique de méditation productive. Voyons ensemble comment la définir.

Vous pouvez profiter d’un moment où vous êtes occupé physiquement mais pas mentalement (marchant, courant, sous la douche, conduisant sur un trajet bien connu…) pour vous concentrer exclusivement sur un sujet que vous aurez délibérément choisi. Il ne faut pas se laisser emporter par vos pensées (comme en méditation), mais il faut également que vous restiez ancré sur l’approfondissement d’une idée ou d’un sujet. Comme si vous vous concentriez sur votre respiration, sauf qu’ici la respiration est remplacée par une réflexion intentionnelle. Cet approfondissement permet d’entraîner votre capacité de concentration, et donc de limiter les flux de pensées qui peuvent vous « dissiper ».

A mon sens, le sujet que vous choisissez devrait être un projet de développement professionnel qui vous est cher. Pourquoi professionnel ? Parce qu’il vous permettra de trouver plus facilement des idées concrètes et que ça pourrait réellement changer votre vie, votre motivation et votre bien-être. C’est en cela que l’on peut qualifier cette motivation de « productive ».

Les 7 règles de la méditation productive

  1. Pratiquez régulièrement : marche, salle d’attente, réunion assommante, etc.
  2. Commencez avec des variables simples (l’état actuel des choses) pour en imaginer les combinaisons possibles qui pourraient vous emmener loin.
  3. Évitez d’échafauder des plans pendant cette méditation (les plans ne fonctionnent pas dans le royaume des événements rares appelés Cygnes Noirs, pratiquez surtout la règle 2).
  4. Évitez les distractions plus superficielles, qui seront évidemment plus faciles et intéressantes.
  5. Évitez les boucles, c’est-à-dire de repasser dans votre esprit ce que vous savez déjà sans approfondir votre réflexion.
  6. Restez dans les frontières du monde que vous avez créé pour cette méditation : les idées fascinantes mais pas directement utiles seront développées plus tard.
  7. Si votre attention s’est trop éloignée, rammenez-la vers le sujet sans vous en formaliser : c’est l’agilité qui compte vraiment, pas la rigidité d’esprit.

Les règles 1, 2, 4 et 5 sont fortement inspirée du livre sus-cité de Cal Newport. Et d’après son témoignage, cette méditation productive a fortement influencé son efficacité et son bien-être (il faut avouer que Cal Newport a eu un parcours fascinant). Et je le crois volontiers.

Mais à ce stade, vous vous posez forcément la question : tout ceci est-il encore de la méditation finalement ?

La concentration comme voie du bien-être

Cal Newport est convaincu que la capacité à se concentrer est non seulement une voie vers un accomplissement professionnel, mais aussi personnel. Pour lui, n’importe quelle activité (physique ou cognitive) qui demande beaucoup de compétences peut même générer un sentiment de « sacré ». Or la compétence dont il est question ici est la capacité à se concentrer sur un sujet complexe, profond. Cette faculté peut être utilisée quel que soit le sujet, et (c’est moi qui interprète à partir d’ici) c’est en cela qu’elle devient « méta » : une capacité qui maîtrise les autres capacités. Cette concentration nous protège des pensées parasites, elle nous permet d’avancer sur des projets essentiels à notre épanouissement, et elle s’approfondit à chaque fois qu’on l’a pratique.

« L’important, ce n’est pas l’événement en lui-même, mais la façon dont tu l’interprètes. » Mis à part le fait que cette phrase m’exaspère (mais c’est sûrement une mauvaise interprétation de ma part), elle cherche maladroitement à faire passer un message essentiel : avoir en toutes circonstances une attention pleine et entière. Cette attention profonde va alors affecter durablement nos pensées et nos émotions. Si un événement devient un problème, on saura le régler (car on a appris à se concentrer en méditation productive). On ne prend pas de la « distance », on apprend à se concentrer, comme par réflexe, pour qu’une voie apparaisse, concrète. On reprend les rênes, on maîtrise ses pensées et son ressentiment. La méditation ne se fait plus dans un endroit calme et loin de toute distraction, elle est dans la vie et ses problèmes. Elle est la vie et ses problèmes !

Mais cette forme de méditation n’est pas une méthode de résolution de problème, c’est un moyen de se tourner vers ce qui nous anime, vers des réalisations concrètes. Pas de pensées parasites, pas de distraction par rapport à ce qui nous est essentiel : accomplir quelque chose en lequel on croit. Alors je sais, ce quelque chose est parfois vague, mais c’est justement pour cela qu’il faut se concentrer dessus, l’approfondir, et en être pleinement conscient. La « réalisation de soi » au sommet de la pyramide de Maslow passe par une méditation sur soi, sur ce que l’on veut devenir, sur ce que l’on veut réaliser.

Justement, la méditation n’a-t-elle pas pour but de faire une pause dans les stimulations ? De sortir de cette injonction à réaliser toujours plus et d’être productif ? Et même d’éviter le burnout ? Ce sont les questions qui me sont venues à l’esprit il y a quelque temps. Qu’en pensez-vous ?

Je suis personnellement mauvais en méditation « ordinaire » (si tant est que cela existe). Je fais mon possible pour ne retenir aucune idée, les laisser passer comme des nuages. Mais un nuage prend alors la forme d’un cheval sauvage au galop (une métaphore de mon inconscient qui me fait savoir qu’on ne l’apprivoisera pas si facilement). Je me surprends à attraper une idée et à dérouler toutes ses implications, tenants et aboutissants. C’est abrutissant d’ailleurs, cette lutte intérieure.

Je décide alors de faire une méditation productive, pour voir, et réalise que je me mets en penser à ce qui me stimule, à ce qui me fait voir la vie plus saillante, plus intéressante. Plusieurs avenirs se mettent à advenir, l’arbre des possibles se met à pousser. Ma fatigue reflue, ma pensée s’éclaircit, les nuages de mes pensées orageuses sont poussés par le vent, qui ne va que dans une seule direction. Le ciel est dégagé et la chaleur du soleil est si puissante, si revigorante. Il n’y aura pas de burnout, il y aura un burnin. Et c’est en moi, c’est mon monde, ma réalisation. Et je veux qu’il y en ait d’autres.

Enfin, je ferai ce soir ce qui me repose le plus au bout d’une longue journée : lire un bon livre. Ce sera Hannah, de Sulitzer (sous la plume de Loup Durand). Une suite ininterrompue de caractères imprimés sur des centaines de pages, ça demande une attention soutenue. Et pourtant, l’histoire s’animera dans mon esprit, la chambre s’effacera, et je suivrai les aventures de cette jeune femme pleine d’énergie et d’idées qui, partant de rien et à elle seule, créera un empire dans un monde apparemment fait pour les hommes. Je serai transporté, revigoré, et pourtant je serai concentré. J’aurai médité.

(Article imaginé en marchant sur le retour du travail.)

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