CRYSTAL MEMORY : Chapitre 2

— Tout va bien ? On dirait que tu as vu un fantôme, dit l’homme en la regardant arriver sur le trottoir, à sa gauche.

— C’est presque ça.

Elle enleva son sac à dos alors qu’elle cessait de courir, puis s’approcha de l’homme et s’asseya à côté de lui. Il avait des yeux rieurs et un visage un peu rougi cerclé d’une barbe de plusieurs mois.

Ils étaient tous deux adossés au mur d’un petit épicier de rue alors qu’il faisait toujours froid dehors, surtout à cette heure tardive. Elle ramena ses genoux en dessous du menton et regarda droit devant.

La rue était peu éclairée à cet endroit, mais les reflets orangés des réverbères avoisinants donnaient une aura presque irréelle aux vitrines, aux objets métalliques, ainsi qu’à leurs deux corps assis côte à côte dans la nuit sombre.

— Et tu es rouge comme une pivoine, ajouta l’homme après un silence.

Elle se tourna vivement vers lui :

— Tu peux parler ! Tu t’es regardé deux secondes ? Le froid te donne une tête d’alcoolo ! Et rappelle-moi ce qu’est une pivoine qu’on rigole… Je viens de courir, pour t’apporter ça.

Elle sortit un sandwich de son sac à dos, et le lui tendit. Elle prit le second pour elle.

— Je te préviens, c’est végétarien.

— Comme toujours, dit-il en faisant la moue. Mais merci d’y avoir pensé, je n’ai pas pu manger aujourd’hui.

Elle lui fit un hochement de la tête avec un léger sourire.

Ils mangèrent en silence, lui assis en tailleur, et elle toujours avec les jambes serrées contre la poitrine.

Il se mit à parler après une dizaine de bouchées :

— Tu as trouvé ce que tu cherchais ?

— Non.

Il la fixa pendant une vingtaine de secondes, puis l’interrogea à nouveau :

— Mais encore ?

— Je n’ai pas envie d’en parler. S’il te plaît… Pas ce soir.

Elle prit une dernière bouchée et lui tendit le reste de son repas.

— Prends-le, je n’ai pas faim.

Il fit un « non » de la tête, le regard fixé sur elle. Elle fronça les sourcils, puis tendit son sandwich jusqu’à toucher la poitrine de l’homme.

— Prends-le, ne fait pas l’imbécile. Tu vas finir par crever de faim… et de froid, ajouta-t-elle.

Il soupira et pris ce qu’elle lui tendait. Elle se rapprocha de lui en se déplaçant latéralement, toujours recroquevillée, puis posa la tête sur son épaule.

— Bonne nuit grand-frère, dit-elle dans un souffle.

Il pencha sa tête contre la sienne, et murmura à son tour :

— Dors bien Chrys…

Elle commença à partir, elle le sentait. Des souvenirs. Et au sein d’une tornade de pixels, elle revit le dieu qu’elle avait rencontré il y a deux mois.

Celui qui lui avait promis que tout allait changer.

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